mercredi 28 octobre 2015

Et moi je fais quoi ?

Pour Alice, comme pour beaucoup d'expatriées, le mois de septembre était celui de la rentrée. Scolaire tout d'abord. Installer chaque enfant dans son rythme d'études et d'activités parascolaires ou sportives est de toute première importance.

Vient ensuite une période de rattrapage des diverses tâches laissées en souffrance pendant l'été. A cause des vacances, de la présence quotidienne des enfants, des voyages ici ou ailleurs, de températures estivales qui incitent plus au farniente qu'à l'activité, à cause d'un rythme autre et, avouons-le, bienvenu. Parmi ces tâches, on trouve par exemple, les lessives extraordinaires d'après les camps, le tri des vêtements trop petits ou usés, le tri des chaussures, des jouets, le rangement des placards, le grand nettoyage des armoires de la cuisine, de la cave, du garage ou encore du courrier en attente, voire des factures...


Lorsque est passée la rafale des réunions de parents à l'école, arrive le moment tant attendu de la découverte de plages de temps disponibles dans le planning hebdomadaire. Enfin !  Bonheur.


Le soulagement est de courte durée car presqu'immédiatement surgit la question "ET MOI JE FAIS QUOI MAINTENANT ? " 
Vertige.

Entre bonheur et vertige Alice oscille  et se trouve a quia. Elle ressent le désir profond d'entreprendre quelque chose. Cela ne devrait pas être compliqué. Eh bien si ! Alice réalise peu à peu que chaque année c'est comme si elle devait réinventer sa vie en septembre. Et là il y a quelque chose qui coince dans ce processus.

La nécessité répétée de travailler à un réseau social qui s'effrite sans cesse : plusieurs de ses amies sont parties vers d'autres destinations. L'exigence de chercher en elle-même l'énergie de se mettre une fois de plus en mouvement se fait jour.

Et si elle ne fait rien ? La tentation du repli dans la bulle individuelle ou familiale n'est pas loin.  Alice sait que ce confort, si tentant soit-il, est limité et qu'elle se heurtera aux parois de sa bulle. Quelques années de vie en expatriation lui ont appris qu'une famille d'expatriés a besoin d'air pour vivre sereinement et pour que chacun puisse s'épanouir.

Le moment est venu pour Alice de creuser dans ses ressources afin de sortir d'elle-même et de chez elle avec élan et d'établir  de nouvelles connaissances, de se faire des amies, de tisser du lien social.


Un bouquet de questions accompagne ce mouvement vers l'extérieur. Vers quoi se diriger ?  Quelles activités vont occuper ses journées ? Qu'est-ce qui fait du sens ? Qu'est-ce qui va nourrir la croissance personnelle ? Quel est le chemin qui va mener  à  un équilibre renouvelé ? Comment combiner disponibilité pour les proches et épanouissement individuel ?

Le défi qui se rappelle avec force au retour de l'automne peut être l'occasion de réinventer sa vie.


Alice, Yes you can !

Anne

lundi 29 septembre 2014

Sans ou cent métiers ?

Et tu travailles ?
Alice avale de travers. Comment répondre encore à la question qui la torture à répétition. Non, oui, enfin non... La question revient à chaque café, dîner, ou nouvelle rencontre. Si travailler consiste à exercer un métier, une activité professionnelle en échange d'une rémunération, la réponse d'Alice est non, je ne travaille pas. Je ne gagne pas un centime. En revanche, oui, j'en dépense pas mal.

Un jour, Alice décide de faire la liste non-exhaustive des activités qui occupent ses journées : taxiwoman, cuisinière, lavandière, médiateur intra-familial et juge de paix, couturière, organisatrice de voyage, femme de ménage, ministre des affaires extérieures, responsable du budget familial et de la logistique...  Alice est la première à s'étonner du nombre et de la variété de ses activités ...

D'après le Larousse, le travail est l'activité de l'homme appliquée à la production, à la création, à l'entretien de quelque chose. Alors dans ce cadre-là, oui, cent fois oui ! Alice travaille. Sans elle, la vie familiale ne serait pas ce qu'elle est. Et tout cela semble normal, évident, pour ne pas dire sans valeur, aux yeux d'un observateur extérieur.

Auparavant, dans sa vie précédente, Alice travaillait auprès d'un employeur. Elle avait un horaire précis, une rémunération régulière et une certaine forme de reconnaissance. Son activité professionnelle alliait un sentiment d'indépendance, une autonomie financière, l'impression de ne pas avoir une minute à elle et la certitude d'être une citoyenne à part entière, active dans la société.


Depuis qu'elle vit en expatriation, puisqu'Alice a suivi son mari, Alice assume ce choix. Cependant sa vie  a changé d'une manière qu'elle n'avait jamais envisagé. Alice est actuellement soit la femme de... soit la mère de... en fonction des contextes où elle se trouve. Si cela ne tenait qu'à ces contacts-là, Alice n'aurait plus l'impression d'être elle-même. Alice ne renie ni sa fonction maternelle, ni celle de femme mariée mais elle refuse de se sentir enfermée dans ces étiquettes qui ne disent  pas tout de qui Alice est intrinsèquement.

Son mari reconnaît, apprécie et s'appuie sur tout ce que fait Alice pour la maison et les enfants ainsi que pour l'organisation de leur vie familiale. Sans elle, il ne pourrait avoir les longues journées de travail qui l'occupent actuellement. Les enfants sont ravis de retrouver leur mère après l'école et d'échapper à la garderie ou l'étude. Les repas familiaux sont d'une qualité inégalée car Alice prend le temps de cuisiner de vrais plats. Tant d'avantages sont présents dans leur vie à tous.


Et Alice ?  Comment y trouve-t-elle son compte ? Que veut-elle pour elle-même ? Qui va donner de la valeur à ses activités ? Faire la grève, est-ce une option ? Peut-elle encore envisager une carrière ? Que peut-elle faire maintenant ? Qu'est-ce qui la ferait vivre ?  Qu'est-ce qui donnerait du sens à sa présence ici ?

Ouvrir le champ des possibles et changer de façon de penser.  Sortir des catégories et des étiquettes : dans la vie tout n'est pas noir ou blanc, je travaille ou je ne travaille pas.  Accorder de la valeur à ses propres activités et redevenir sa propre meilleure amie, se regarder avec bienveillance, trouver des compétences enfouies.  Ce séjour est peut-être l' occasion unique de développer un nouveau projet personnel dans un cadre différent. Toute personne a en elle une forme de créativité qui attend le moment favorable pour s'exprimer. 

Se détacher du besoin de reconnaissance de la société est une étape de libération qui peut agir comme une écluse qui s'ouvre pour laisser couler les flots. Les idées vont jaillir et il sera possible d'envisager du neuf, du jamais imaginé, du jamais fait ... Et pourquoi pas ?

Quelles sont les ressources disponibles là où Alice se trouve maintenant ? Une seconde étape indispensable comprend l'examen des ressources internes, personnelles tels que l'expérience, les talents, les désirs profonds, ainsi que l'étude des ressources externes : réseaux, associations, lieux  de formation ...

Se donner les moyens pour créer un projet sera l'étape suivant. Que manque-t-il pour démarrer ? une formation pratique ou théorique ?  plus de temps disponible ? une énième révision de son agenda avec un oeil neuf ?  la recherche d'une baby-sitter ? l'achat de matériel adéquat ? développer son réseau social local ?

Evaluer les obstacles qui ne manqueront pas de surgir, les "oui, mais", les "je ne sais pas si j'y arriverai", les "est-ce que ça vaut la peine ?"...  Franchement, ces obstacles sont-ils insurmontables ?

Entrer dans la dynamique des petits pas qui consiste à fractionner l'objectif principal en autant de petits objectifs qui seront plus faciles à atteindre.

La gestation d'un nouveau défi est en cours. Patience et détermination donnent un résultat qui souvent dépasse les espérances initiales.

Alors sans métier ? Oui, cent métiers et un nouveau projet !


Anne

Photos prises par l'auteur  à l'Armory Show 2011 à New York City.

samedi 24 mai 2014

Partir, c'est mourir un peu

La maison en planches a un certain charme, elle est accueillante, c’est ton « chez moi ». La rue est calme, les poteaux électriques avec leurs câbles en tous sens ne choquent plus ton œil si critique lorsque tu es arrivée ici. Tu connais tes voisins, les uns sont aimables, les autres sont discrets.  Le décor t’est devenu familier.  Aujourd’hui, tu le regardes d’un autre œil … car ce décor tu vas le laisser derrière toi, il va bientôt appartenir au passé.

Tu essayes d’assimiler la nouvelle que vient d’annoncer fièrement ton cher et tendre « Chérie, c’est fantastique, je suis nommé à … ». Suit le nom d’une grande ville sur un continent lointain ou dans ton pays d’origine. Le chéri, lui, est tout feu tout flamme et déjà mentalement en partance.  Il organise ses premiers rendez-vous overseas.

Son départ physique est tout proche ou bien il est déjà parti.  Tu a vite compris … tu te retrouves face à une montagne qui te semble insurmontable : tu vas devoir clôturer le séjour de toute la famille tout en assurant la vie quotidienne : les enfants, l’école, les engagements et activités qui t’appartiennent, ensuite viendra le déménagement suivi des vacances d’été.

Tu réalises aussi que très vite il te faut prendre contact avec les écoles dans la nouvelle destination, et penser à ce que sera la vie là-bas. Ta to-do liste mesure déjà un mètre. Ton esprit saute d’un point à l’autre. Tu ne dors plus, tu penses en continu. Tu ne sais pas par où commencer. L’idée de faire tout ça toute seule te fige. Tu te sens partagée entre ici et là-bas, entre fin de partie et projet neuf.

Qui, parmi nous, n’a pas vécu cette situation à la fois excitante et épuisante ? Nos histoires se ressemblent toutes et gardent leur singularité. Mais à chaque fois, c’est toi, c’est moi, c’est nous qui sommes en première ligne.

Comment faire pour négocier ce nouveau tournant d’une vie qui en a déjà connu quelques-uns ? Comment vivre ces derniers mois sereinement ? A quoi être attentive ? Où puiser l’énergie nécessaire et indispensable ?

Je l’avoue d’emblée, je n’ai pas de réponses toutes faites. J’ai un peu d’expérience et beaucoup de questions dont j’espère qu’elles stimuleront ta réflexion, t’aideront à établir les priorités, à découvrir les ressources à utiliser, et à faire régulièrement le point pour repartir à nouveau.  Il n’y a pas non plus de bonnes ou de mauvaises réponses. Chacune trouvera la réponse qui lui convient le mieux ainsi qu’à sa famille.


Stop !

Avant de te lancer dans la bataille, n’hésite pas à prendre un temps d’arrêt, histoire de reprendre ton souffle.  Crayon et papier seront tes alliés : tout ce qui s’engouffre en vrac dans ton esprit, tu pourras le déposer dans un petit carnet qui ne te quittera plus. Il sera sur ta table de chevet pour recevoir les idées qui n’auront de cesse de surgir en pleine nuit. Une fois sur papier, elles n’encombreront plus ton sommeil.

Assise confortablement devant une tasse de café, tu pourras ensuite passer ta liste en revue et marquer les priorités et les urgences. Les tâches qui te semblent énormes pourront être divisées en tâches plus petites et réalisables, avec une date butoir pour chacune.

Lorsque tu te sentiras calée, plus moyen d’avancer, tu pourras te demander ce qui t’est particulièrement difficile à ce moment précis.  Est-ce le fait d’être seule et de ne pouvoir partager au quotidien avec ton mari les obstacles et les progrès accomplis ? Est-ce l’impression de travailler comme une machine ? Est-ce l’absence de reconnaissance de ce que tu fais ? Est-ce la perspective de quitter tes amies qui t’attriste ? Est-ce la peur de l’inconnu ? La crainte de manquer d’énergie ? La sensation d’être débordée ? Les enfants qui sont surexcités ? Ou tout autre chose ?


Si la réponse n’est pas évidente, tu peux te demander de quoi tu as besoin en ce moment pour identifier avec précision ce qui te remettra en route : une séance de tennis, de yoga ou de natation, une balade dans la nature, une bonne sieste, une sortie entre amies, un coup de fil tout simplement …

Pour « bien » partir, il est important de  marquer le départ. La plupart des familles l’ont bien compris qui organisent une soirée, un dîner ou une réception pour dire au revoir aux amis. Heureusement les mails, skype, facebook et autres moyens sont là pour garder le contact.  Les enfants aussi voudront marquer leur départ par un sleepover, une boum ou toute autre activité entre copains et copines …

Les dernières semaines ne manqueront pas de s’accélérer. Tu seras plongée dans l’action. Tu n’auras plus une minute pour penser et tout à coup le départ sera là. C’est alors que les mots du poète* prennent tout leur sens :

Partir, c’est mourir un peu,
C’est mourir à ce qu’on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.

Une étape viendra au moment opportun, pendant les grandes vacances peut-être ou lors de ton arrivée dans la nouvelle destination ou quelques mois plus tard.  Ce sera l’étape du deuil de ton expérience présente. Pour les unes, cela se fera naturellement, presque facilement, pour les autres, ce sera moins évident. Et tu pourras connaître cette ambivalence des sentiments si difficile à vivre :  tout en étant contente d’entamer une nouvelle tranche de vie ailleurs, avoir la nostalgie de ce que tu vivais dans la région que tu habites actuellement. Ne sous-estime pas cette étape. Vis-la à fond, larmes à l’appui si nécessaire. Le temps fait son œuvre : il t’aide à te détacher du passé, à le mettre à sa juste place, à rassembler ton énergie pour vivre dans le présent tout neuf qui sera le tien.

 Vision of a new life ahead ?

Take care !

Anne


*Edmond Haraucourt  (Rondel de l’adieu, 1890)

mercredi 23 avril 2014

L’Abécédaire de l’expatriée en Amérique

A comme arriver en Amérique. C’est ici que nous sommes arrivés un jour et que nous vivons actuellement pour le meilleur et pour le pire.



B comme le blog que nous avons créé pour partager nos aventures avec familles et amis au loin.

C comme choc culturel. Oui, nous vivons dans un pays occidental mais au quotidien tout est tellement différent de ce que nous avons connu ailleurs.

D comme découverte.  Le pays, les personnes, la langue, le mode de vie… autant d’occasions de m’ouvrir l’esprit et d’apprendre sur le pays de mes hôtes comme sur moi-même ! Chaque jour m’offre une panoplie de découvertes si je garde les yeux bien ouverts.

E comme expatriation, E comme enfants. Mes enfants en expatriation, j’ai parfois du mal à les reconnaître. Ils me corrigent lorsque je parle anglais, ils ont un superbe accent américain et ils ne rêvent que de gadgets à la petite pomme.  Branchés en permanence ils sont plus souvent ailleurs et je voudrais tellement qu’ils soient ici et maintenant…

F comme le fast food auquel je ne me ferai jamais. L’alimentation, LA question qui nourrit toutes les conversations. Comment faire pour garder nos habitudes alimentaires et manger sainement ? Comment conserver la ligne ?


G comme “guys and gals”. C’est comme “folks”. Ah, je ne sais si je me ferai un jour à cette façon d’être interpellée. On se connaît ?

H comme hurricane ! Deux ouragans dans les quatorze premiers mois de notre vie aux Etats-Unis !  L’énergie déployée sur le plan de la logistique familiale est proportionnelle à la force des éléments naturels.  Impressionnant !


I comme l’incertitude qui règne en maître dans nos vies. Combien de temps resterons-nous ici ? Où irons-nous par la suite ? Mon mari gardera-t-il son travail? Où étudieront nos enfants ? Retrouverais-je un travail à mon retour ?

J comme jet-lag. Décalage horaire quand nous voyageons, quand nous communiquons avec nos parents et enfants qui vivent sur un autre continent. Décalage culturel dans nos manières de vivre.  Et décalage, encore, quand nous rentrons en Europe. L’expatriation nous bouscule et nous transforme. 

K comme Kentucky Fried Chicken. Je n’y suis jamais allée et ce n’est pas dans mes intentions prochaines.

L comme la lassitude qui parfois prend le dessus quand la logistique mange tout mon temps en période de déménagement et de transition, et rebelotte lors de l’emménagement et de l’installation suivante… Aïe, je ne suis pas encore remise de ce que j’ai vécu l’été dernier. 

M comme la mort qui vient parfois chercher nos proches quand nous sommes loin. Tristesse infinie.

N comme la nature. Je ne cesse d’être surprise par la relation ambivalente qu’entretiennent les Américains avec la nature: à domestiquer au brin d’herbe ultra-verte près dans les jardins, au cheveu près dans les coiffures, abondamment goudronnée dans le moindre parking. Et en même temps la nature est super-protégée dans les parc nationaux aux paysages sublimes. 


O comme l’organisation sans faille que nous sommes capables de mettre en place pour faire vivre au quotidien une famille dans un pays qui n’est pas le nôtre: car-pools et sign up sheets n’ont plus de secret pour la plupart d’entre nous.

P comme patrie et parents. Le lien avec nos origines est distendu au-delà de l’océan. Comment rester proches malgré tout ce qui nous sépare ? Quelles sont nos loyautés ? Comment les vivons-nous ?

Q comme quitter. Un jour j’ai quitté mon chez moi. J’ai renoncé à un travail, laissé ma maison et mon jardin, mes amis, mes habitudes, toutes choses dont j’ai à faire le deuil pour vivre bien ici.  Un jour je quitterai l’Amérique et je vivrai le même  processus de deuil. Je n’ai pas envie d’y penser.



R comme retour et repatriation. Comment se préparer à un retour qui aura lieu un jour ? Vivre à l’étranger nous change et nous fait grandir. Comment allons-nous nous réadapter ? Quels sont les défis qui nous attendent?

S comme surprise. Mon pays d’accueil ne cesse de me surprendre, pour le meilleur, j’apprécie les contacts directs et francs, et pour le pire, quand je pense aux massacres à l’arme à feu à Newtown (CT), au Naval Shipyard (DC), au Columbia Mall (MD)…

T  comme “quelque chose en nous de Tennesse”, comme le chante Johnny Hallyday, “ce rêve en nous avec ses mots à lui, cette force qui nous pousse vers l'infini, cette formidable envie de vivre… Y a quelque chose en nous de Tennessee…”

U comme utopie. Ou-topos : le lieu qui n’existe pas (traduction du grec), le lieu parfait, qui cumulerait toutes les qualités de mon pays d’origine et de l’Amérique où je vis.  De temps en temps j’en en rêve…

V comme voyage. Vivre en expatriation n’est pas voyager mais offre la possibilité de faire de beaux voyages… Quelle chance !



W comme Welcome ! Dans beaucoup de grandes villes l’expat peut trouver une ou des  associations qui accueillent les nouveaux arrivants ! Une équipe de bénévoles s’engage pour créer du lien et de la convivialité à travers une gamme d’activités à consulter sur leur site. Ces associations recrutent des volontaires, elles ont besoin de chacune de nous !

X comme Xtra Large : le pays, les distances, les corps, les assiettes au “diner”, les voitures, le climat. Tout est extrême. Parfois je me sens toute petite et écrasée par l’extra-large.


Y comme “Yes you can live a good life as an expat !” You can take it as an opportunity to discover new aspects of yourself and to develop new skills !

Z comme zen en toutes circonstances, un défi quotidien en expatriation.  La pratique du yoga, du sport en général, d’activités créatives ou charitables sont autant d’outils à notre disposition pour entretenir notre équilibre. Pensons-y !

Anne


dimanche 9 février 2014

L'expat s'acclimate

Les réactions vives des premiers mois s'estompent. Alice s'adapte. Alice s'acclimate. Le trajet vers l'école n'a plus de secret pour elle. Alice en connaît les chausse-trappe, les stops à chaque carrefour, les casse-vitesse, les trous dans le macadam qui s'élargissent avec les saisons qui avancent, les feux rouges qui souvent se trouvent juste après le carrefour. C'est ainsi que le centre sportif, les quartiers, les rues commerçantes et les environs au sens plus large, prennent une allure familière...

Quand Alice fait des courses, il lui arrive de reconnaître une amie de longue date, ah mais c'est Françoise, ou Béatrice ou Emmanuelle ou... Et non, ce n'est qu'une coupe ou une teinte de cheveux, une silhouette ou un faux air de...  qui fait penser à... Parce que les amies sont ailleurs mais l'inconscient repère les formes qu'il connaît ou qu'il croit reconnaître et envoie un signal rassurant au conscient. Lorsqu'Alice se rend compte de sa méprise, elle ressent un petit pincement au coeur.  

C'est encore le début, les personnes qu'Alice connaît se comptent sur les doigts des deux mains.  Pourtant Alice ne ménage pas ses efforts pour sortir de chez elle. Elle accepte très volontiers les invitations à prendre un café, à participer à un lunch, à assister à une conférence, à faire une marche en forêt... avec des attentes dont elle se rend compte après coup qu'elles étaient démesurées. 

Oui, Alice est en demande de contacts sociaux. Oui, elle a déjà croisé plusieurs personnes avec lesquelles elle souhaiterait poursuivre la conversation, peut-être même développer une relation amicale ? Tout est possible et tout est à faire. Alors Alice se répète les vers d'Emily Dickinson qui lui parlent tant :

I dwell in Possibiliy -                                          J'habite le Possible -
A fairer House than Prose -                                 Maison plus belle que la prose -
More numerous of Windows -                            Aux croisées plus nombreuses -
Superior - for - Doors -                                       Aux portes plus hautes -

Of Chambers as the Cedars -                              Des salles comme les Cèdres -
Impregnable of eye -                                           Imprenables pour l'Oeil -
And for an everlasting Roof -                             Et pour toit impérissable -
The Gambrels of the Sky -                                  Les combles du ciel -

Of Visitors - the fairest -                                     Pour Visiteurs - les plus beaux -
For occupation - This -                                       Mon occupation - Ceci -
The spreading wide my narrow Hands -            Déplier tout grands mes Doigts étroits -
To gather Paradise -                                            Pour cueillir le Paradis -

(Traduction Claire Malroux, Edition bilingue, Poésie/Gallimard, 2007, p142-3)

 La maison du Possible ...


samedi 31 août 2013

La rentrée de l'expatriée



C'est la rentrée !

Il y a encore des cartons à déballer. Les enfants sont tous à l’école, c’est leur première rentrée scolaire ici. Ca fait cinq minutes qu’Alice est assise devant une tasse de café dans sa cuisine. Elle se demande de quoi sera faite cette nouvelle vie dans ce pays où l’emmène la carrière de son mari. Curiosité et inquiétude se mélangent ; envie de découvrir et tristesse d’avoir laissé sa vie parisienne si familière…

Pour Jeanne c’est la routine. Ses enfants ont retrouvé leurs copains et copines à l’école. Le co-voiturage scolaire est organisé avec les voisines. Jeanne reprend ses activités : cours de langue, sport et bénévolat. Un bémol toutefois : sa meilleure amie, complice de ses expéditions en ville, est rentrée en Europe. Et deux familles sympathiques de son quartier sont reparties vers d’autres horizons. L’entraide de dernière minute fonctionnait si bien.  Soupir…

La rentrée de Lucie n’en est pas tout à fait une. Son plus jeune fils a eu son bac en juin dernier et vient de commencer des études en France. Tous ses enfants sont dispersés. Le nid est vide, la maison est silencieuse.  Des plages de temps libres s’offrent à elle. Quel changement ! Mais pour le moment Lucie ne sait pas du tout que faire de tout ce temps disponible auquel elle aspirait tant…Elle se sent un peu perdue. Quelles sont ses besoins, ses envies ? Difficile à percevoir après s’être tellement occupée des études et des projets d’avenir de son garçon…


Il y a aussi Marie qui est devenue grand-mère sur le sol de l’expatriation. Son mari est retraité. Tous deux restent dans leur pays d’accueil pour voir grandir leurs petits-enfants. Marie connait tout du fonctionnement de la vie quotidienne dans ce pays qu’elle pratique depuis un quart de siècle.  Marie est un peu lasse de voir arriver et partir des flots de familles. Elle a l’impression que ses investissements amicaux sont perdus et, à chaque départ d’une amie, elle se sent comme abandonnée. Pourtant elle est convaincue que sa vie est ici, il y a si longtemps qu’elle a quitté son pays d’origine, elle ne pourrait plus vivre ailleurs.

Alice, Jeanne, Lucie, Marie sont à des temps différents de leur cycle familial. Elles partagent cependant le fait de vivre en expatriation.  Alice, Jeanne, Lucie et Marie, c’est toi, c’est moi. Et chaque rentrée scolaire est un moment délicat : il faut retrouver un élan intérieur  pour avancer dans la vie au-delà des au revoir, des départs, des renoncements. Recommencer sans cesse est un des défis de la vie d’expatriée, un défi qui demande du courage, de l’énergie, de la créativité. Pour ce faire, chacune est invitée à laisser le passé là où il est. Le passé a été peut-être particulièrement riche d’événements, d’activités, d’amis chers… Il faut les laisser à leur place, ne pas retenir ceux qui sont partis, ne pas s’accrocher… Ce lâcher-prise permettra de retrouver  l’élan de recommencer quelque chose de neuf et d’accueillir les nouvelles familles arrivantes. 

Ne pas comparer...
Il y a toutefois une condition indispensable pour y arriver : laisser les comparaisons au placard. Avant, ailleurs, dans son propre pays ou celui d’une expatriation précédente  particulièrement réussie, tout peut sembler avoir été mieux ! Attention de ne pas tomber dans ce pli systématique qui est un réel handicap pour voir les aspects positifs de la vie ici : ils sont nombreux et accessibles à condition « de changer de lunettes ».

Vivre le présent est une autre condition pour vivre une expatriation féconde. Nous sommes constamment orientées vers l’avenir : nous organisons la semaine, prévoyons les prochaines vacances, nous imaginons déjà ce que sera l’an prochain, nous sommes « surbookées » et nous oublions de faire de la place au présent.

Fragilité du présent
Il est là, à portée de main. Il est fragile. Un souci apparait et le présent disparait. Or il ne demande qu’à être savouré et vécu dans chacune de ses dimensions. Nous avons besoin du présent. En nous reliant à ce qui est là, ici et maintenant, en développant une plus grande attention à celles et ceux que nous rencontrons au quotidien, nous développerons une qualité d’être-là qui enrichira nos relations avec les proches, avec notre environnement et avec nous-mêmes. Cette  qualité de présence et d’ouverture attentive peut transformer l’expérience de l’expatriation.
La convivialité et la solidarité en seront les fruits. Elles ont deux sœurs : la créativité et la générosité. On en reparle ?

Belle rentrée à toutes et tous !